En 2019, l’Assemblée législative de l’Afrique de l’Est a adopté une résolution interdisant la fabrication et l’importation de savons, cosmétiques et produits de beauté contenant de l’hydroquinone, un ingrédient populaire souvent utilisé dans le blanchiment de la peau.

Une rapide recherche de ces produits sur le net en RDC nous donne des centaines de résultats et un nombre incalculable de commentaires de personnes souhaitant éclaircir leur peau. Le marketing bat d’ailleurs son plein : photos de « femmes parfaites à la peau claire », slogans accrocheurs aux résultats « magiques » sont autant de leurres laissant à penser que la « fortune » est au bout du chemin.

«Internet est un grand champ de bataille», déclare Steve Garner, directeur de la criminologie et de la sociologie à l’Université de Birmingham City qui a entrepris, l’année dernière, la première étude sociologique britannique sur l’éclaircissement de la peau. Selon Global Industry Analysts, f rme de renseignements commerciaux, la demande de blanchiment de peau est en hausse et devrait atteindre 31,2 milliards de dollars d’ici 2024, surtout en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique. Les produits sont particulièrement populaires dans les endroits où les normes de beauté favorisent souvent une peau plus claire.

Sur YouTube, les vidéos parlant du sujet sont en perpétuelle croissance ; des millions de vues. Les plus populaires sont celles des « vloggers » qui se concentrent sur l’utilisation de produits aux ingrédients naturels fabriqués à la maison ou par des sociétés pharmaceutiques. 

La dépigmentation : un problème de santé.

4 Figure2 1De nombreux produits de blanchiment et d’éclaircissement utilisés en Afrique contiennent des ingrédients nocifs tels que le mercure et les stéroïdes à forte dose.

Ces produits pouvant causer une insufsance rénale et bien d’autres maladies, il nous paraît primordial que les gouvernements s’attaquent à cette problématique de santé publique. Un exemple parmi d’autres ? Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 77% des femmes au Nigéria utilisent des produits éclaircissants pour la peau, le pourcentage le plus élevé du monde.

Interdiction et puis ?

L’interdiction des produits de blanchiment ne résoudra pas complètement le problème sauf si d’autres mesures sont mises en place : sensibilisation, informations,… En RD Congo , des groupes « whatsapp » font la promotion du colorisme tel celui de « la communauté des métisses ». Dans le monde, des stars montent maintenant au créneau : Beyonce avec son titre « Brown skin girl » compare la peau brune aux perles…

Un sujet tabou

C’est un fait : si la pratique touche énormément de personnes, elle reste encore aujourd’hui largement passée sous silence. Ce que confrme le dermatologue Antoine Mahe : «Lorsque l’on aborde la question de la dermatologie des peaux noires, les problèmes liés à la dépigmentation sont récurrents, surtout sur le continent africain.» Le colorisme est une question profondément enracinée dans la communauté noire et remonte, selon les sources, à l’esclavage, lorsque les propriétaires de plantations séparaient les champs et la maison en fonction de la couleur de la peau. Actuellement, il s’agit avant tout d’un problème sociétal.

Une lectrice ayant deux enfants nous a d’ailleurs livré son témoignage : un membre de sa famille lui a un jour dit que si sa flle avait été aussi claire que son fls, elle aurait été bien plus belle ! «Nous nous plaignons du fait que les médias sont le problème, mais c’est beaucoup plus grave que cela.»

Une pression sociale lourde

Qu’est-ce qui pousse les personnes à vouloir blanchir leur peau ? Elles sont souvent sociales. «Les motivations déclarées par les patients sont le plus souvent l’imitation. On veut ressembler à une soeur, à une tante, à un ami qui a le teint plus clair», souligne Antoine Mahe. Mais la pression des hommes peut également être un déclencheur pour les femmes, notamment dans une société congolaise patriarcale : «Là-bas, certaines femmes partent du principe que si elles ne se blanchissent pas la peau, plus personne ne va les regarder”.

De son côté, la chanteuse à succès Aya Nakamura a conf é dans une interview que ses anciens producteurs lui auraient conseillé de se faire blanchir la peau pour plaire à un plus large public. Preuve que ces problématiques aff ectent tous les milieux. Pour la doctorante en Histoire contemporaine Amarillys S., les causes sont plus complexes et peuvent varier d’un contexte géographique à l’autre.

5b845f4cd8b62.image«Le blanchiment de la peau est un phénomène universel. Les raisons pour lesquelles on le fait doivent varier en fonction du contexte culturel et géographique, et je ne suis pas sûre que cette pratique a toujours eu le même sens. Mais ce dont je suis à peu près sûre, c’est qu’elle découle toujours d’une pression sociale. Typiquement, aux États-Unis, beaucoup d’afro-américains s’éclaircissent la peau. Une Diana Ross ou un chanteur comme Prince... On a vu l’évolution de leur carnation au f l dutemps. Ils se sont peut-être dit qu’ils n’auraient pas eu la même carrière sans avoir à passer par là. En Asie, peut-être que ça n’a pas du tout la même portée.»

Notre conclusion

Nous devons travailler à changer cette mentalité selon laquelle être plus clair signif e « mieux ». Nous devons apprendre à nous-mêmes et à nos enfants qu’il est important de nous aimer tels que nous sommes. Consacrons donc l’année à la célébration de nos belles femmes noires et à la lutte contre le colorisme et le blanchiment de la peau.

Kevina Tshibangu pour Buzzz Magazine

Source :
https://edition.cnn.com/ ; https://www.theguardian.com/; https://www.mediacongo.net/marieclaire.fr