Buzzz Magazine a rencontré Maître Jacques Mukonga Sefu, Le maître de l’éloquence de la RDC.

Une interview de Buzzz Magazine réalisée à Lubumbashi

 Buzzz Magazine : Bonjour Maître, pouvez-vous vous présenter et nous dire ce qu’est « l’éloquence »? ?

Maitre Jacques Mukonga Sefu : Bonjour merci, je m’appelle Jacques Mukonga Sefu. Je suis avocat au barreau de Lubumbashi. L’éloquence c’est l’art de la parole, l’art de bien parler. On communique, et ça c’est la première chose, mais, il y en a qui, au-delà de communiquer, « sèment » une parole.Est-elle une nécessité ? Oui, à partir du moment où nous avons adopté les démocraties, la parole est indispensable, tout comme le dialogue et pouvoir faire accepter ses idées. Par conséquent la parole est indispensable.

Est-ce que l’art de bien parler c’est l’art de bien dire, même si le contenu est creux?

En effet oui, parce que tout se discute, et il faut avoir les techniques pour être celui qui va vaincre, ou qui va convaincre. Autrement vous avez beau avoir un contenu pertinent et à défaut de l’avoir mal présenté, vous passez à côté, et celui qui va juste faire le contraire, il sera plus percutent que vous.

Et cette passion pour l’éloquence, d’où vient-t-elle?

Je voulais être prêtre au départ. Je suis allé au petit séminaire où j’ai passé cinq ans, et durant ce temps-là, nous avions des formateurs qui étaient des jeunes prêtres qui avaient du goût pour les mots. Chaque matin on avait messe, c’était à ce moment fabuleux, nous savourions déjà car c’était durant ces moments, que j’ai été initié aux choses de la parole de l’éloquence. Tout est parti de là.

Considérez-vous que cela constitue une importance capitale d’inculquer l’éloquence ou l’art de la parole à nos enfants à l’école ?

Oui absolument! De plus en plus on a démontré que la libération de la parole développe la personnalité. La personnalité d’un individu est jugée notamment à la manière dont il s’exprime. On peut dire alors que libérer la parole de l’enfant, c’est, d’une certaine manière, libérer sa personnalité.

Si demain vous devenez ministre national de l’enseignement, que feriez-vous ? 

Je dois dire que la politique ne m’intéresse pas beaucoup. Je ne me vois pas ministre, et pour l’instant, je préfère me terrer dans ma bibliothèque. Mais bon, je crois que, s’il arrivait que je sois ministre de l’enseignement, je ferais beaucoup. D’abord j’installerais des lieux de lectures, car c‘est ce qui manque cruellement à notre pays. Il n’y a pas d’orateurs qui ne soient d’abord hommes de bibliothèque. Quand j’étais au petit séminaire, j’étais responsable de la bibliothèque du collège et la bibliothèque du petit séminaire. Les livres étaient dans ma vie très tôt, et depuis, le goût de la lecture ne m’a jamais quitté.

Vous venez de quel famille?

Ma famille n’est pas ce qu’on appelle une famille aisée. Ma mère, qui m’a élevé, était enseignante à l’école primaire. Ma famille a rencontré un hollandais à Kalemie, qui a payé une partie de ma scolarité.

Maître Mukonga, êtes-vous gagnant des deux derniers concours de l’éloquence ?

Il s’agit de deux concours différents. Il y a un qui est organisé par la C.I.B, la conférence internationale de barreau. C’est la plus grande organisation des avocats de l’espace francophone ; chaque année il y a un congrès, et en marge de ce congrès, un concours est organisé mettant en lisse les meilleurs jeunes avocats venus du monde entier de l’espace francophone en l’occurrence.

Est-ce qu’en premier lieu lors du concours, l’éloquence est un sujet de droit, ou s’agitil d’un tout autre domaine ?

Il faut expliquer que l’éloquence c’est la pratique, mais l’éloquence a sa théorie qu’on appelle la rhétorique. La rhétorique est la science de l’éloquence. On y étudie les catégories de l’éloquence. Moi je ne pratique seulement pas l’éloquence, mais depuis quand même cinq ans je donne les enseignements de la rhétorique dans les séminaires à l’université. Qu’est-ce qui fait qu’une personne est éloquente? La rhétorique est une méthode ; la méthode de la fabrication de discours, quel que soit le sujet, vous avez la même manière de procéder : l’invention, la disposition, l’élocution, et puis, l’action. Quand on a maitrisé cela, on a franchi un pas. Alors je dirais que, la rhétorique justement comme science de l’éloquence, émerge dans un contexte de procès. Il faut savoir que tout a commencé à Athènes. Le contexte c’est les procès. Ceux qui s’étaient bien défendus ont commencé à enseigner leur art. C’est parti de là, puis cet art a été formalisé comme science par Aristote. L’œuvre fondatrice de la rhétorique c’est la rhétorique d’Aristote. Tous ceux qui font la communication utilisent les préceptes d’Aristote, parce que, c’est Aristote qui a regroupé tous ces préceptes dans une œuvre fondatrice que l’on appelle la rhétorique d’Aristoste.

N’est-il pas trop tard d’apprendre l’éloquence à l’université, alors qu’elle pourrait être enseignée à l’école primaire ? 

Pour être franc, même à l’université, il fallait que je gagne à l’étranger, pour qu’on porte un peu de considération sur ce que je faisais déjà. Depuis très longtemps je milite déjà au sein du barreau pour que les choses de l’éloquence, de l’art de la parole soient prises au sérieux, soient enseignées comme il le faut avec des concours réguliers, mais que voulez-vous, malheureusement les choses sont telles que l’on n’y prêtait pas beaucoup attention. Maintenant je suis heureux, parce qu’il y a déjà d’autres phénomènes comme Jacques Mukonga. Des jeunes que je forme à la faculté de droit et qui forment des groupes d’érudits pour cultiver l’éloquence, puis l’amour du livre, et il y a comme ça des foyers qui se forment. Il y a des projets aussi, j’écris des livres, et après mon retour de Paris, l’université de Kolwezi a organisé la première édition du concours Patrice Lumumba. Je suis allé organiser cet évènement en partenariat avec l’université et la province.

Pourrez-vous nous parler des volumes de vos livres ?

J’écris essentiellement sur l’art de la parole, l’art de convaincre, l’éloquence judiciaire et politique, j’ai écrit sur la défense publique d’un travail scientifque, et puis j’ai écrit un essai sur les passions amoureuses, au gré du cœur, libres propos sur les passions amoureuses, et un autre livre qui est technique : les manœuvres dilatoires.

Comment vous préparez-vous au concours ?

Je parle beaucoup, j’improvise, et quand je parle, je parle avec l’idée que je m’exerce. Je peux arriver dans un bureau et c’est parti, on commence un débat, et dans ce débat-là, moi je m’exerce à convaincre et puis, je fais un peu de piano ; il y a un lien entre la musique et l’éloquence. Il y a même une vidéo qui a beaucoup circulé sur la neutralité, et c’est parfois dans un type de musique que j’invite l’art de l’éloquence, mes textes sont parfois comme des partitions et je sens tout à coup, là, que je peux faire le piano subito, c’est-à-dire, que je vais tout de suite parler plus bas, et puis là, je vais faire un forte, parce qu’il y a un lien aussi avec l’art du théâtre.

Quels sont vos projets ?

J’en ai beaucoup ; Jacques Attali dit : « pour bien vivre, il faut continuellement avoir des projets, ça permet de ne pas faire des bêtises. » Alors j’en ai beaucoup, principalement pour l’éloquence au barreau, nous sommes en train réfléchir à la création d’un « barreau culture », dans ce cadre-là, on organiserait beaucoup de concours d’éloquence. Mais sinon, pour ce qui concerne mes projets personnels, j’aimerais publier, je voudrais du mieux que je peux, être un intellectuel au sens de ceux qui produisent les idées qui peuvent servir et être partagées.

Propos recueilli par Jocelyn Ndombi pour Buzzz Magazine

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